Ça y est, vous l’avez fait. Vous avez complété votre formation universitaire (ou collégiale) et êtes prêt à entrer sur le marché du travail. Finis les cours à la pertinence douteuse et les remises de travaux. Et ce n’est pas tout. Vous avez la chance de ne pas tomber dans la catégorie des chômeurs fraîchement diplômés : la compagnie dans laquelle vous avez effectué votre stage vous a offert un poste permanent payant 40 000 $ par année. À vous la vie de jeune professionnel !

 

Vous pensez déjà aux 5 à 7 et à toutes les sorties que vous pourrez faire durant vos soirées libres. Vous songez à la couleur et à la marque de votre voiture ; à la localisation et à la taille de votre premier appartment ; à la maison que vous allez acheter dans quelques années… Bref, à la vraie vie. Parlons-en, justement.

La « vraie vie »

 

Bon, vous vous êtes « acheté » une belle petite voiture (ceux qui m’ont déjà lu savent ce que je pense des achats-locations), avez trouvé un appartement spacieux et bien situé et troqué vos jeans troués et vos t-shirts délavés pour des vêtements de bureau. Les premières semaines se passent très bien : la « liberté » dès 5 heures de l’après-midi, les moyens (ou l’argent, à ne pas confondre) nécessaires pour en profiter, le confort d’avoir votre chez-soi et de pouvoir y rentrer quand vous voulez avec qui vous voulez.

 

Il est possible que vous ne remarquiez rien la première fin de mois, mais dès la deuxième ou la troisième, même les plus insouciants commenceront à froncer les sourcils en fouillant leurs poches et en y trouvant pas grand-chose. Comment est-ce possible ? Votre appartement ne vous coûte que 800 $ par mois (tout inclus), votre voiture 50 $ par semaine, votre cellulaire 75 $ par mois et vos épiceries totalisent environ 500 $ par mois. Vous mangez « presque toujours » à la maison, vous ne sortez que 2 fois par semaine en moyenne et ne buvez jamais plus de 2 ou 3 verres à chacune de ces occasions. Comment se fait-il qu’il ne vous reste (presque) rien à la fin du mois alors que vous gagnez 40 000 $ par année et que vous vivez modestement (ou du moins sans excès) ? La réponse courte : bienvenue dans la « vraie vie ».

« 40.000 $ » par année

 

Une saine gestion financière repose sur la compréhension et l’équilibre (idéalement le déséquilibre, en fait) de deux variables : vos revenus et vos dépenses. Assez simple, non ? Je suis toutefois prêt à parier que si je vous demandais quelles étaient vos dépenses totales le mois passé à 50 $ près, moins de la moitié d’entre vous seraient capables de répondre. Plus inquiétant encore, il n’est pas rare de rencontrer des gens qui ne savent pas combien est-ce qu’ils gagnent véritablement. 40 000 $ par année, c’est grosso modo 30 000 $ nets, 2500 $ par mois et donc 1250 $ toutes les deux semaines moins votre contribution à votre régime d’assurances collectives et celle à votre ordre professionnel, le cas échéant. Arrondissons donc votre paye nette à 1200 $ toutes les deux semaines, soit 28 800 $ par année.

 

Avant même d’avoir dépensé le moindre centime, vous avez « perdu » 11 200 $. Je sais que je ne vous apprends rien. Je ne fais que vous rappeler une réalité loin de l’esprit de beaucoup trop de gens lorsqu’ils prennent des engagements financiers calculés en fonction de leur salaire annuel brut.

 

Revenons à notre exemple. Votre voiture à 50 $/semaine, par exemple, vous coûte environ 600 $ par mois. Si vous ne me croyez pas, voici le calcul qui tient compte de la vraie vie : ((50 $+ ~ 15 $ d’options)*4)* 1.15 (taxes) + 150 $ d’assurances + 150 $ d’essence.

 

Ajoutez à cela votre loyer de 800 $, vos courses totalisant 500 $, votre cellulaire à 90 $, 120 $ de repas à l’heure du dîner (3 lunchs par semaine avec vos collègues à raison de 10$ chacun) et 200 $ d’alcool par mois (= 7-8 $ par verre plus pourboire = 10 * 2,5 verres = 25 $ *2 soirées par semaine = 50 $ * 4 semaines). Vos dépenses mensuelles totales sont de 2310 $ pour un revenu de 2400 $. Aouche.

Papa-maman à la rescousse

 

En panique, vous vous ruez sur votre laptop pour aller au fond des choses. Est-ce que votre employeur vous a « crossé » ? Êtes-vous bien rémunéré selon les taux du marché considérant votre domaine d’emploi et votre niveau d'(in)expérience ? À première vue, oui. Le problème de l’équation ne vient donc pas du côté des revenus. Vous vous lancez donc dans une recherche frénétique d’informations sur la planification financière et tombez chemin faisant sur de nombreux articles portant sur les milléniaux et l’accession à la propriété. Après avoir passé des heures à lire des opinionsplus ou moins bien fondées, vous vous laissez choir sur votre lit pour contempler les 4 murs entre lesquels vous passerez vraisemblablement plus de temps que prévu… ou pas.

 

Pris d’une inspiration soudaine, vous décidez d’appeler papa et maman. Pour prendre de leurs nouvelles, mais surtout, pour savoir si votre ancienne chambre n’a pas encore été transformée en bureau ou en salle de sport. Ils pourraient vous faire une petite place moyennant une modeste contribution financière et une bonne dose de participation domestique? Sautez à pieds joints sur cette opportunité ! Même en cotisant pour l’épicerie et/ou quelques factures, vous devriez être en mesure d’économiser (et donc d’épargner ou investir) une de vos deux paies mensuelles. Vous ferez aussi d’une pierre deux coups en réduisant un peu les charges de vos parents (qui ne roulent pas forcément sur l’or) et en diminuant le fardeau de vos tâches domestiques et des leurs. C’est vraiment une solution gagnante sur tous les plans.

 

Pas 36 solutions

 

Hélas, nous n’avons pas tous des parents propriétaires et/ou en capacité de nous héberger plus longtemps que nécessaire. Si pour une raison ou pour une autre, un retour chez vos parents n’était pas envisageable, tournez-vous vers votre cercle d’amis. Si vous avez quitté tout récemment les bancs de l’école, il est fort probable que vous connaissiez au moins une personne à la recherche d’un(e) colocataire. Ne dédaignez pas non plus cette avenue. Certes, l’âge et la stabilité professionnelle peuvent rendre le partage d’espace de vie et le manque d’intimité assez lourds. Si vous êtes en couple depuis un certain temps, le problème ne se pose pas vraiment, mais sinon, soupesez vos options : la liberté de pouvoir arpenter votre salon en sous-vêtements en vous curant le nez vaut-elle vraiment plusieurs milliers de dollars par année ? La question est rhétorique.

 

Que vous comptiez acheter une maison dans un avenir plus ou moins proche ou pas, il est primordial que vous soyez en mesure d’épargner au moins quelques centaines de dollars par mois dès la mi-vingtaine. Négliger de vous astreindre à cette discipline le plus tôt possible vous coûtera cher à tous les coups et pourrait même compromettre votre avenir sur bien des plans qui dépassent largement le cadre de cet article.

 

Les deux principales variables d’une saine gestion financière sont simples et connues de tous. À vous de prendre les bonnes décisions par rapport à celle que vous pouvez contrôler.