La Covid a soufflé sa première bougie. Après une année masquée d’incertitude, beaucoup ont perdu gros, mais il y a aussi du beau pour d’autres, comme moi, qui ont réalisé la précarité de leurs finances pour se prendre en main.

C’était pas supposé durer. La grosse grippe allait passer. On a peinturé des Ça va bien aller partout dans nos fenêtres pour se soutenir collectivement. Pour se donner des tapes dans le dos, même si on pouvait pas se prendre dans nos bras.

En avril ne te découvre pas d’un fil, pis enlève pas ton masque… on entame la troisième vague.

J’ai survécu de peine et de misère à la première. Ça n’a pas été une vague, ça a été un tsunami. J’ai douté que j’allais m’en sortir financièrement. Mes plans A, B et C se sont volatilisés aussi vite que les cas ont commencé à monter.

 

Se faire rattraper par la réalité

La PCU s’est imposée. Introspection obligée, bilan simple, le problème était à 18 pouces de mon écran. Il aura fallu que la terre arrête de tourner durant une année pour que je réalise que j’ai joué à la roulette russe budgétaire toute ma vie.

Vivre à une paie près, ça rend les douze coups de minuit du jeudi excitants, mais se réveiller en pleine nuit pour calculer si le virement du loyer va être encaissé après que le chômage soit rentré, ce l’est moins. Pendant que les gens se battaient pour du papier de toilette, je roulais mes cennes en fouillant dans les craques du divan.

À 33 ans, c’est plus inquiétant que séduisant.

C’est difficile d’accepter qu’on a pas l’argent pour la vie qu’on veut mener. C’est encore plus difficile de réaliser qu’on a pas d’argent pour la vie qu’on mène, aucune économie, une marge de crédit et une carte de crédit loadées. Je voulais pas ajouter de la valeur à mon portefeuille, je voulais le magasiner, en cuir vegan de préférence svp. Or, tout d’un coup, je ne parlais plus de me serrer la ceinture en attendant que ça se place, mais de la vendre sur Market Place pour payer mon Hydro.

Petit wake up call sur des années de désinvolture. J’avais vogué de restaurant en bar à vin, de magasinage de vêtements que je mettrai jamais en manucure que j’aurais très bien pu me faire moi-même. J’avais booké des voyages beaucoup trop chers pour passer Noël au chaud, juste parce que je le méritais (que je me disais).

Ce qui m’arrivait, je le méritais aussi. Je le savais.

Ce fut une rupture difficile, dire adieu à ma bonne amie la pensée magique. La vérité c’est que y’en avait pas de trésor infini au bout de l’arc-en-ciel, même si j’y ai cru ben fort. Après avoir calculé mes dettes et mes entrées d’argent, j’ai vécu à rideaux fermés un petit bout. J’avais peur qu’on me charge pour la lumière qui entrait chez nous. J’avais honte.  

Je me suis résignée avec mon égo disproportionné, à aller chercher de l’aide. Visiblement, j’étais outillée pour laisser un héritage de honte et de dettes à mes enfants, non merci. Ils étaient même pas nés et déjà je leur donnais des raisons de me détester.

 

Se retrousser les manches

L’angoisse est partie peu à peu, en même temps que mes dettes, en prenant bien soin de laisser la porte grande ouverte pour de nouveaux verbes dans ma vie; planifier, budgéter, économiser. Tout ce que j’avais trouvé si peu sexy, mais qui m’a apporté plus de bien qu’une délicieuse entrée de fruits de mer avec un verre de Sancerre.  

J’ai filtré tout le laid que j’ai accumulé durant des années, trouvé des solutions et surtout, arrêté de dépenser de l’argent que j’avais pas. Et que j’aurais jamais eu parce que je le dépensais plus vite que ça rentrait, la Lucky Luke du compte épargne.

Après quelques mois sur la PCU, j’ai réussi l’impensable, j’avais rembboursé toutes mes dettes. J’étais pas Crésus, mais j’étais pas mal moins cassée et je n’avais plus l’impression de vivre avec les poches trouées.

Deux vagues plus tard, je me suis sorti la tête de l’eau, je suis fière propriétaire d’un REER et d’un CELI remplis de quelques dollars. Rien pour flasher sur Instagram, mais ô combien rassurant quotidiennement.

Je me pince en consultant mes placements en souriant. Je deviendrai jamais un portfolio manager, mais je ne redeviendrai jamais la dépensière insouciante que j’ai été non plus. Oui, j’ai longtemps aimé vivre dans l’insouciance, mais la pandémie m’aura appris que j’aime mieux vivre le compte en banque lourd et l’esprit léger.

J’ai jamais manqué de papier de toilette et je manquerai plus jamais d’argent.