Une cliente sort à l’instant de son institution financière. Je lui ai demandé de m’appeler après sa rencontre avec le représentant de l’institution. Mon rôle-conseil de planificateur financier indépendant à honoraires m’amène parfois à recommander aux épargnants, surtout à ceux à l’orée de leur retraite, de faire le ménage dans la gestion de leurs épargnes investies à la hâte un peu partout.  

 

Moi : Et puis votre rencontre s’est bien passée?», ai-je demandé à ma cliente.

Cliente : Oui, il a tout ramassé les papiers que vous m’aviez demandé de préparer et il a dit qu’il allait me rappeler pour prendre un autre rendez-vous pour la signature des documents de transferts…

Moi : OK… et qui avez-vous rencontré ?

Cliente : Un conseiller financier.

Moi: Presque tout le personnel d’une institution financière est conseiller financier… Vous avez sa carte professionnelle ?  Qu’est-ce qui est écrit sous son nom ? Quel est son niveau d’inscription à l’autorité des marchés financiers ?

Cliente : Conseiller en finances personnelles et petites entreprises

Moi : Ce n’est pas un niveau d’inscription réglementé… Y’a-t-il d’autres choses sur sa carte?

Cliente : Non… attendez… en bas sous l’adresse civique en très pâle et petit, il est inscrit représentant en épargne collective pour ABC investissement inc.

 

Le conseiller financier que ma cliente venait de rencontrer était une personne autorisée à conseiller et distribuer des produits d’épargne collective, soit des fonds communs de placement. Le titre affiché sur sa carte professionnelle n’était rien de plus qu’un titre maison, qui ne fait que contribuer à semer la confusion autour de qui est autorisé à faire quoi dans l’industrie du conseil en finance.

 

À vrai dire, tous ces nouveaux titres autoproclamés dans l’industrie des services financiers, tels que conseiller finances personnelles, coach en finances personnelles et conseiller gestion de patrimoine retraite ne sont pas des titres d’inscription reconnus par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui encadre les activités de distribution de produits et services financiers au Québec.

 

Dans la grande majorité des situations, lorsque vous rencontrez un «conseiller financier» et, peu importe la manière dont il se présente, il ou elle tombe dans l’une ou plusieurs des catégories d’inscription suivantes:

 

Le planificateur financier, aka le PF

Il y a d’abord le planificateur financier… mon préféré je l’avoue, puisque c’est mon unique niveau d’inscription. Je ne suis donc pas objectif, me direz-vous, mais il demeure quand même que le PF soit le joueur le plus complet parmi les professionnels en finances personnelles et personne ne pourra me critiquer sur ce point.  

 

Le PF est une sorte de généraliste qui vous motive à poser des gestes menant à l’atteinte des objectifs financiers que vous vous fixez. Il est souvent la première personne à pouvoir détecter les besoins spécifiques d’un client. Pour cette raison, il possède une formation de niveau universitaire, en plus de posséder un éventail très étendu de connaissances. Il peut vous conseiller dans les sept domaines d’intervention couverts par la planification financière, soit, les finances, la fiscalité, les placements, la retraite, les assurances, les aspects légaux et finalement la succession.   

 

Le PF a reçu son titre de L’Institut québécois de planification financière (IQPF), qui est le seul organisme au Québec autorisé à décerner le diplôme de planificateur financier et à établir les règles relatives à la formation continue de ses diplômés.

 

Le planificateur financier est donc votre principal allié dans l’atteinte de vos objectifs financier et a pour mandat de vous inviter à poser des gestes concrets vers l’atteinte de vos buts financiers. Le problème, c’est que la grande majorité des PF au Québec possèdent également un autre titre et ceci peut parfois amener un PF à perdre de vue sa première fonction.

 

En effet, un même individu peut détenir plusieurs niveaux d’inscription. Par exemple, j’ai déjà été en simultané inscrit comme PF, conseiller en placement et conseiller en sécurité financière. À cela, s’ajoutent des inscriptions parallèles comme «spécialiste des produits dérivés» ou «directeur de succursale», et c’est sans parler des reconnaissances de prestige comme «gestionnaire de placement agréé» et «Fellow de l’Institut canadien des valeurs mobilières»…

 

Le représentant en épargne collective, aka le vendeur de fonds commun

Le deuxième intervenant fréquemment rencontré est le représentant en épargne collective qui, comme son nom l’indique, représente le courtier (l’institution financière ou gestionnaire) en épargne collective qui fait la promotion et la distribution de produit de placement collectif, communément appelé fonds communs de placement ou, dans le jargon des épargnants, des fonds mutuels. Il n’est pas nécessaire d’avoir une formation universitaire pour devenir représentant en épargne collective. Le candidat doit suivre une formation, souvent à distance, d’environ 150 heures et réussir un examen de 3 heures portant sur les fonds communs de placement avec une note de passage de 60% et hop! Il est maintenant considéré dans les yeux du commun des mortels comme un conseiller financier et, tant qu’à faire, ajoutons aussi conseiller en finance personnelle et petite entreprise.

 

Le conseiller en sécurité financière, aka le vendeur d’assurance

Notre troisième intervenant est le conseiller en sécurité financière ou représentant en assurance de personne qui était identifié dans un passé pas si lointain comme l’agent ou courtier d’assurances sur la personne (il n’assure pas vos biens comme votre voiture ou votre maison).  

 

Il a pour mandat de vous conseiller et d’effectuer la distribution des produits d’assurances sur la vie, la maladie, l’invalidité, les rentes, mais aussi d’épargnes comme les fonds distincts, qui sont similaires aux fonds communs de placement, si ce n’est qu’ils offrent certaines garanties. Tout comme le représentant en épargnes collectives, le conseiller en sécurité financière n’a pas besoin de suivre un programme universitaire, mais il doit suivre des cours et réussir des examens.  

 

Depuis le 1er janvier 2016, les candidats qui désirent porter ce titre doivent satisfaire à un nouveau programme de qualification en assurances sur la personne, auquel les détenteurs de permis actuels n’ont pas à se conformer.  Bien qu’il y ait des exceptions, la plupart des représentants en assurances de personnes sont rémunérés à la pièce (commission), c’est à dire seulement lorsque le contrat d’assurance auquel le client a souscrit est émis et demeure en force pour une certaine période.

 

Le conseiller en placement, aka le broker

Notre quatrième et dernier intervenant financier est le conseiller en placement. Au début de ma carrière, c’était celui qui se faisait appeler «broker». Eh oui, excusez le cliché, c’est celui que l’on voit dans les films comme Wall Street d’Oliver Stone et Le loup de Wall Street de Martin Scorsese. Par contre, ils ne sont pas nécessairement tous des «loups» assoiffés par l’appât du gain.  

 

Ce niveau d’inscription permet à ses détenteurs d’effectuer des opérations sur les achats ou la vente de valeurs mobilières comme les actions et les obligations. Il permet aussi de distribuer des fonds communs de placement: c’est pourquoi vous ne verrez jamais quelqu’un à la fois inscrit comme conseiller en placement et représentant en épargne collective. C’est tout naturel, puisque l’inscription à titre de conseiller en placement englobe celui de représentant en épargne collective.  

 

Il existe une grande variété de conseillers en placement. Certains se bornent à recevoir vos instructions sans nécessairement promouvoir un produit plus qu’un autre, alors que d’autres peuvent offrir un éventail élaboré de service comme l’analyse de titres et la recherche. De plus en plus, toutefois, les conseillers en placement se limitent à recommander les titres choisis par le gestionnaire de portefeuille de leur institution. Tout comme le représentant en épargnes collectives et le conseiller en sécurité financière, il n’a pas l’obligation de suivre un programme universitaire pour exercer, mais doit plutôt réussir deux examens, avec au moins 60%, après avoir suivi, principalement par correspondance, un programme d’environ 200 heures de formation.

 

Sept questions à poser aux conseillers

Comme vous voyez, il est difficile de s’y retrouver parmi tous ces conseillers financiers aux titres et aux champs d’action différents. Et encore là, pour compliquer encore plus la sauce, il y a d’autres niveaux d’inscription comme le très nébuleux représentant de courtier sur le marché dispensé, qui lui, n’offre ses produits et services qu’à un certain type de clientèle sans nécessairement avoir à satisfaire à des exigences de formations particulières

 

En réalité, le meilleur moyen d’évaluer une personne qui vous offre ses services-conseils est de poser certaines questions pour valider son champ de compétence et d’autorisation.

 

  1. Êtes-vous membre d’un organisme reconnu ?
  2. Quel est votre niveau d’inscription à l’AMF ?
  3. Quelle est votre formation ?
  4. Depuis combien de temps exercez-vous ?
  5. Quels produits ou services offrez-vous ?
  6. Comment êtes-vous rémunéré ?
  7. À quelle fréquence nous rencontrerons-nous ?

 

Choisir la bonne personne qui vous guidera dans les méandres de l’industrie de la finance peut faire toute la différence. Alors, ne choisissez pas le premier venu qui se présente comme un conseiller financier et, avant de faire confiance à qui que ce soit, posez-lui les questions ci-dessus.