Votre douce moitié et vous êtes devenus propriétaires très récemment et vous souhaitez aménager votre nouveau chez-vous avec du mobilier à la hauteur de votre nid d’amour? Les « restes » de vos séjours en résidence étudiante, en colocation ou dans des appartements miteux ne cadreront définitivement pas avec l’image de jeunes professionnels que vous cherchez à projeter ?

 

Hélas, il y a fort à parier pour qu’après la mise de fond, le passage chez le notaire, la taxe de bienvenue, la balance à payer des taxes scolaires et municipales (ou celles à venir) et bien sûr l’hypothèque, vos comptes bancaires approchent dangereusement de zéro et vos cartes ou marges de crédit de leurs limites.

 

Pas de panique ! De nombreux magasins spécialisés dans la vente de meubles et d’électroménagers au Québec offrent justement des options de financement sans mise de fond avec des paiements mensuels étalés sur plusieurs années, sans intérêts, à commencer immédiatement ou plus tard ! Quelle gentillesse, quelle prévenance de leur part ! On croirait presque ne pas vivre dans une société capitaliste avec tous ses commerçants qui ont le cœur sur la main et l’oreille attentive aux problèmes de leurs clients !

 

Faisons la part des choses : ces options de financement représentent à n’en pas douter l’alternative de choix pour des milliers de consommateurs qui se sont « peinturés dans le coin » financièrement. Toutefois, ne vous leurrez pas : si vous avez d’autres options, celle de payer vos meubles par mensualités sans intérêts… n’a pas grand intérêt.

 

Appelons un chat, un chat… et une dette, une dette

Le taux d’endettement des ménages québécois frôle maintenant les 170 %. Cela signifie que pour chaque tranche de revenus bruts (avant impôt) de 10 000 $, la famille québécoise moyenne a une dette de 17 000 $ (on parle ici de dettes liées à la consommation, qui n’incluent pas les hypothèques). En plus d’être énorme, ce taux va croissant, puisqu’il n’était « que » de 105 % il y a 15 ans. La réalité que les personnes endettées ne veulent pas entendre est la suivante : si vous n’avez pas les moyens de payer des biens de consommation tels que des meubles ou des électroménagers en 6 mois ou moins, abstenez-vous.

 

Qu’est-ce que cela signifie ? Un set de salon, de salle-à-manger, un frigidaire et peut-être même un lave-vaisselle, une laveuse et une sécheuse, un lit et j’en passe, vont vous coûter facilement une somme de plus de 10 000 $. Dans un monde idéal, cet argent attendrait sagement dans votre compte en banque que vous le sacrifiez à l’autel du confort moderne, mais on sait que ce scénario ne correspond à la réalité de beaucoup de gens.

 

Si vous n’avez pas les moyens de vous payer des meubles, vous devriez probablement vous en passer ou vous tournez vers les magasins de l’Armée du Salut. Si vous y tenez vraiment, vous devriez verifier au moins envisager à emprunter sur une marge de credit à bas taux, si et seulement si vous assez de revenus pour rembourser votre marge en 6 mois ou moins.

 

Si aucune de ces options n’est à votre portée et que vous vous laissez quand même tenter par les 36 versements égaux sans intérêts… vous venez de contracter une nouvelle dette. Pas d’alourdir vos charges mensuelles en y ajoutant une énième facture, non. Vous avez une nouvelle dette.

 

Seulement 50 paiements faciles de 99,99$

Sans intérêts, payez plus tard et seulement 99,9$ par mois ou par semaine… Ces trois expressions constituent les écueils les plus dangereux pour votre navire financier et sont communément utilisés par des commerçants aux voix de sirènes. Mais trêves de métaphores marines! Allons au fond des choses. Aucun paiement échelonné ou différé n’est sans intérêts. Vous ne me croyez pas ? Le gentil vendeur de chez X&Y ou de chez Trick vous l’a promis avec la main sur le cœur ? D’accord. Me prêteriez-vous 5 000 $ aujourd’hui si je vous promettais de vous verser 500 $ tous les mois pour les 10 prochains mois ? Ou pire, si je vous promettais de vous verser 500 $ tous les mois du 1er janvier  au 1er octobre 2018 ? À moins que je ne sois votre frère ou un de vos meilleurs chums, la réponse est probablement non. Pourquoi ?

 

Parce qu’il est inutile d’être un expert en finance pour réaliser que 5 000$ dans vos poches aujourd’hui a plus de valeur que des versements échelonnés et/ou différés qui totalisent pourtant la même somme. Si vous êtes conscient de cela (et vous devriez l’être), n’imaginez pas une seule seconde qu’un commerçant dont la raison d’être est littéralement de faire du profit va vous octroyer une avance de fonds sans intérêts.

 

La formulation « des versements égaux sans intérêts » signifie simplement « des versements égaux dont vous n’avez pas à calculer les intérêts parce qu’on le fera pour vous ». Toujours sceptique ? Entamez les formalités requises pour obtenir des « facilités de paiement » (on y reviendra) et prétendez à la dernière seconde que vous avez changé d’avis. Si vous offrez de payer comptant, notez la différence non-négligeable entre le nouveau prix qui vous sera réclamé et la somme des mensualités sans intérêts dont il était question avant. Vous serez (désagréablement) surpris du coût réel de « l’absence » d’intérêts.

 

Les « financements disponibles sur place », « facilités de paiement », « versements égaux faciles » et autres sonnent comme des arnaques parce que ce sont des arnaques. Si on vous facilite un paiement, c’est que le prix et/ou les modalités ne sont pas si bonnes que ça. Fiez-vous encore une fois à votre gros bon sens : pourquoi est-ce qu’un commerçant ferait des pieds et des mains pour vous donner les moyens d’accéder à un deal que tout le monde voudrait s’arracher s’il était si bon que ça ?

 

Les bonnes occasions se magasinent longuement et se payent au complet en une seule fois. Pour les moins bonnes occasions ou les arnaques, on vous déroulera le tapis rouge et on fera tout pour que vous repartiez avec un engagement financier d’une valeur supérieure à celle des biens que vous venez d’acquérir.

 

« Pour seulement », « pour aussi peu que » et « à partir de »… Ces trois expressions signifient plus ou moins ceci : « Le prix de mon produit n’est pas génial mais si j’enlève un sou à son prix, que je le divise en versements hebdomadaires et que j’omets les charges liées aux options que 90% des gens veulent, ça sonnera mieux ». Ne riez pas (trop) car si vous « possédez » une voiture de location, il est probable que vous soyez tombés dans le panneau.

 

Avec les taxes, les frais liés aux options et l’obligation de souscrire à une assurance à la couverture maximale (puisque le bien ne vous appartient pas), combien vous coûte réellement votre auto à « 49$ par semaine » ? Dans les 400$, si elle n’est pas toute équipée (essence non-incluse) ? Une fortune pour un véhicule que vous devrez rendre après 4 ou 5 ans. Ah, vous avez une option d’achat à terme ? Sincèrement, après avoir déboursé près de 20 000 $ (400 $*48 mois = 19 200$) pour une voiture qui les valait à peine lorsqu’elle était neuve, c’est presque insultant qu’on vous demande de dépenser encore plus pour la garder.

 

Mais je m’égare. Nous étions dans votre nouvelle demeure à penser au meilleur moyen d’acheter vos meubles. Je sais que si vous aviez de quoi les payer comptant, vous ne seriez pas en train de lire cet article. Je sais aussi que tout le monde n’a pas la capacité d’éponger des dettes qui se chiffrent en dizaine de milliers de dollars en quelques mois. Toutefois, j’aimerais que vous sachiez que vous avez le choix : commencer par un lit pas trop petit, une table, deux chaises, un sofa et un frigo bon marché qu’on retrouve chez les revendeurs d’électroménagers de seconde main. Tout le reste peut bien attendre quelques semaines ou quelques mois que vos finances le permettent. Et si vos amis, votre belle-mère ou les voisins ont des commentaires à faire… dites-leur donc de se mêler de leurs dettes.