Si le premier livre de Pierre-Yves McSween « En as-tu vraiment besoin ? » était un convaincant et divertissant plaidoyer en faveur d’une consommation plus réfléchie et disciplinée, « Liberté 45 » en est sa suite logique en promouvant une philosophie de gestion financière encore plus complète, mais tout aussi accessible. À mi-chemin entre le développement personnel et les finances personnelles, le livre vulgarise le concept de liberté financière et met de l’avant les moyens d’y parvenir avec des conseils concrets, des analogies frappantes et une touche d’humour. 

Encore une fois, l’auteur rappelle également l’importance de se défaire du soi-disant statut social associé aux apparences et aux biens matériels. Après tout, l’ego et la convoitise sont de bien mauvais conseillers financiers. Il en va de même pour la mentalité de « vivre l’instant présent » de façon insoucieuse.

Passer sa vingtaine à vivre de paye en paye pour voyager ou se payer une belle voiture, c’est bien beau. Mais le coût d’opportunité est immense, et on devra payer la note éventuellement. En gros, la discipline d’aujourd’hui est la liberté de demain. 

Réussir à passer un message que les gens n’ont pas toujours le goût d’entendre

Au cours des dernières années, le plus célèbre CPA de la province a développé une formule parfaitement calibrée pour parler d’argent franchement au commun des mortels. Le gars n’est pas seulement calé en chiffres. Il est un pro du branding, et c’est tout à son honneur.

Pendant longtemps, on retrouvait généralement deux types de communicateurs ou influenceurs dans le domaine des finances personnelles au Québec : 

  • Les chroniqueurs financiers des grands médias. Si bon nombre d’entre eux sont compétents et offrent généralement d’excellents conseils, force est d’admettre qu’ils réussissent rarement à capter l’attention du grand public avec leur approche trop formelle.  
  • Les vendeurs de rêves charismatiques. Ceux qui promettent qu’on deviendra riche en achetant leur livre ou en payant une somme absurde pour assister à leur conférence. Ceux qui prétendent connaître LE secret du succès et de la richesse. Au final, ce sont eux qui finissent les poches pleines en s’accaparant l’argent de pauvres naïfs qui ont cru à la recette miracle. 

Le tour de force de McSween a été de trouver une façon d’être aussi pertinent que les premiers et aussi divertissant que les seconds, sans les supercheries. Son approche hyper pragmatique et son ton parfois moqueur lui ont valu certaines critiques, mais les 200 000 exemplaires vendus de « En as-tu vraiment besoin ? » prouvent qu’il a touché une corde sensible. Dans une société qui vit dangereusement à crédit, son message était simple « vit selon tes moyens et ne dépensent pas l’argent que t’as pas ». 

À qui s’adresse Liberté 45 ? 

Les principes que promeut Liberté 45 n’ont rien de révolutionnaire. McSween n’y divulgue pas de grands secrets d’investissement boursier ou de plan miraculeux. L’importance d’un coussin de sécurité, le pouvoir des intérêts à travers le temps et l’utilisation des outils fiscaux à disposition de tous sont des concepts relativement simples, mais trop souvent mécompris, ou compris trop tardivement. 

À moins d’être déjà bien éduqués financièrement, le livre aidera les moins de 25 ans à prendre une longueur d’avance sur leurs pairs. Pour les 25-35 ans qui ont pris un peu de retard en matière de finances personnelles, le livre peut servir de wake-up call crucial. Malheureusement, si vous avez plus de 35 ans et que vous n’êtes aucunement familier avec les thèmes abordés dans le livre, il risque d’être déprimant. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, mais on s’entend que rendu à ce stade, on parlera plutôt de Liberté 65 au mieux. 

Le Plan VEI : le mouvement FIRE à la sauce McSween

Dans Liberté 45, McSween démontre à nouveau qu’il est possible de donner des conseils pratiques de qualité tout en donnant un bon show. Le livre propose une recette pour l’indépendance financière qui n’a rien de magique, mais sa lecture demeure plaisante. Alors que son premier livre se concentrait sur l’aspect des dépenses, Liberté 45 propose un modèle de vie plus exhaustif qui dépasse largement le cadre budgétaire. Il nomme cette approche : le plan VEI. J’en explique les grandes lignes plus bas.

S’ils partagent de nombreux principes fondamentaux, le plan VEI de McSween se distingue du mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early). Alors que ce dernier met un accent important sur la retraite du milieu professionnel à un jeune âge, le plan VEI est plutôt axé sur la liberté. Que celle-ci soit de se la couler douce sur une plage du Costa Rica pour le reste de sa vie ou de simplement ne jamais être tracassé par des questions d’argent, il en revient à chacun de choisir sa propre définition de l’indépendance financière. 

Une des parties les plus intéressantes du livre est d’ailleurs celle où l’auteur nous présente 4 individus qui jouissent d’une forme d’indépendance financière. Des principes de base communs sont présents dans chaque portrait, mais on constate que la liberté est un concept très relatif. Pour un, c’est d’avoir un actif net de 1 million à 45 ans, pour l’autre, c’est de travailler peu et de passer la moitié de l’année au Mexique.

Fait intéressant, certaines des personnes interviewées dans le livre admettent qu’ils ont bénéficié du soutien de leur famille. McSween concède que tout le monde ne jouit pas des mêmes privilèges. C’est justement là où réside la grande force de la recette proposée dans Liberté 45. Dans l’ensemble, les conseils sont valables pour le jeune qui vit confortablement chez ses parents, mais aussi celui qui vit en colocation et doit assumer ses frais de scolarité. 

Parce que le Plan VEI, c’est surtout une question de choix. C’est l’idée de prendre les décisions les plus optimales en fonction de ses valeurs et de ses ambitions. Et comme pour les intérêts composés, c’est l’accumulation de ses bonnes décisions qui accéléreront exponentiellement le moment où vous pourrez atteindre votre version de la liberté financière. 

Le V du Plan VEI : Augmenter sa Valeur

V comme dans faire augmenter sa valeur. Ici, Pierre-Yves se donne des allures de coach de vie et d’orienteur professionnel. Essentiellement, l’idée revient à acquérir des connaissances et à développer des compétences avec un fort potentiel de valeur de marchande dès les premiers stades de sa vie d’adulte. Cela ne veut pas dire de cumuler aveuglément les diplômes et certifications. Le vulgarisateur financier admet lui-même avoir entamé le populaire programme CFA (Chartered Financial Analyst) pour l’abandonner en cours de route. 

« J’ai fait comme presque tous les collègues de mon bureau et je me suis inscrit à l’épreuve, moyennant un paiement de 1000 $ US sur mon salaire de 39 500 $ CA. Comme le dit le dicton : Qui trop étudie mal rentabilise. (OK, qui trop embrasse mal étreint… Bah ! c’est le même principe.) Une décision irréfléchie. Je n’avais aucun intérêt réel à obtenir ce titre. Cela ne correspondait pas à mon désir profond ou à mes objectifs. Je n’avais pas de plan. Je jouais au mouton. »

On doit donc faire preuve de discernement, en plus de miser sur ses forces. Par exemple, quelqu’un de manuel qui s’accomplit difficilement dans une salle de cours ne devrait sûrement pas s’entêter à compléter de peine et de misère un bac en comptabilité. Il s’agit plutôt pour lui de trouver la voie professionnelle la plus profitable en fonction de ses aptitudes naturelles et de ses intérêts. Il demeure toutefois utile de développer des compétences connexes. Le plombier qui connait la comptabilité aura davantage de chances de bien gérer sa PME. Pierre-Yves propose une formule pour aider à choisir le chemin le plus optimal pour les salariés. 

Les 3 R 

  • Rejet : est-ce que c’est un travail que peu de gens sont prêts à faire ?
  • Rareté : est-ce que c’est un travail qui exige des compétences que peu de gens ont ?
  • Rendement : est-ce que c’est un travail pour lequel la productivité est reconnue et récompensée en conséquence ? 
  • Plus ces trois éléments sont maximisés, plus le potentiel de revenus est élevé. 

Par exemple, peu de gens désirent être plongeur dans un restaurant, ce qui maximise le premier R. Mais puisque le poste exige des compétences que quiconque avec deux bras peut accomplir et que le rendement n’est pas reconnu. C’est le même taux horaire, peu importe le nombre d’assiettes à laver ; le salaire s’élève rarement au-dessus du minimum.

Un avocat en droit commercial fait un travail minutieux que peu de gens sont en mesure d’accomplir. L’obtention du barreau est aussi une barrière à l’entrée qui réduit considérablement le nombre de concurrents potentiels. Puis, il peut générer plus de revenus à force de cumuler les clients. Les trois R sont optimisés!

Le E du Plan VEI : Épargner

Tandis que le V se concentre sur les revenus non passifs, le E fait allusion aux dépenses, ou à la réduction de celles-ci. Encore une fois, on ne réinvente pas la roue ici. Mais l’auteur réussit de manière convaincante à marteler ce clou comme il l’avait fait dans son livre précédent. L’échelle d’équivalence des dollars dépensés que propose McSween pourra fort probablement convaincre les plus jeunes d’y penser à deux fois avant de se lancer dans les achats frivoles. 

d’équivalence des dollars
Source : Liberté 45, Pierre-Yves McSween

Le I du Plan VEI : Investir

Ici, on revient à l’essentiel : diversifier et miser sur la valeur du temps. Encore une fois, McSween mise sur les analogies pour vulgariser les bases de l’investissement. Le feu, l’eau, l’air et la terre servent de métaphore pour décrire la prise de risque (feu), la sécurité (eau), l’air (le placement boursier) et la valeur tangible (terre). Une façon créative d’expliquer les principes fondamentaux de l’investissement. Bien joué P-Y!

Quoi retenir de Liberté 45 

À tout cela s’ajoutent des sections fort intéressantes, comme celles où il explique les avantages fiscaux de fonder une famille ou l’arbitrage géographique. Il décortique aussi l’importante nuance entre être riche en revenus et être riche en actifs, la deuxième option étant préférable.

En somme, Liberté 45 est bien plus qu’un livre sur la gestion des finances personnelles. C’est un petit guide pratique pour adopter une philosophie de vie basée sur la discipline, le pragmatisme et la prise de décision en fonction de ses ambitions réelles. Parce que oui, il revient à chacun de faire le tri entre la poursuite de plaisirs éphémères et de liberté illusoire et l’accomplissement concret de soi et l’atteinte d’une vraie liberté. 

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