L’antifragilité pour vos finances personnelles, c’est quoi ce concept?

Par Maude Gauthier | Publié le 15 juin 2021

a hand holding a box

Nassim Nicholas Taleb est l’auteur derrière des best-sellers tels que Le Cygne noir et Antifragile : les bienfaits du désordre. Professeur retraité de l’université de New York (NYU), c’est un ancien trader spécialisé dans l’ingénierie des risques. Taleb est également conseiller scientifique chez Universa Investments, un fonds spéculatif qui vise à profiter de corrections spectaculaires du marché boursier.

Son livre sur l’antifragilité parle très peu de finance. Il parle plus de biologie et de sa propre carrière qu’il ne donne de conseils concrets. On en tire tout de même des bonnes pistes de réflexion. Notre système immunitaire, par exemple, est généralement antifragile : il s’améliore en rencontrant des virus. Les bactéries qui deviennent résistantes aux antibiotiques sont elles aussi antifragiles. Ce que Taleb nous présente est une philosophie de vie, qui s’applique notamment à la finance et qui gagne en crédibilité grâce à son expérience sur le terrain.

La triade : fragilité, robustesse et antifragilité

Un cygne noir, tel que défini par Taleb, est un événement rare, c’est-à-dire qu’il est imprévisible et a peu de chances de se dérouler. Par contre, s’il arrive, ses conséquences sont considérables. Cette probabilité est toutefois impossible à calculer. De plus, nos biais cognitifs nous rendent aveugles à ces événements rares, ce qui signifie qu’on ne planifie pas en fonction de la possibilité qu’ils surviennent.

Lorsqu’une personne subit un impact plus négatif en perdant une certaine somme qu’en en gagnant l’équivalent, elle est fragile. Cette asymétrie n’est pas à son avantage. Avoir plus à perdre qu’à gagner est la marque de commerce de la fragilité.

Ce qui est fragile craint les imprévus, qui pourraient le détruire. Quant à ce qui est robuste, il est construit pour y résister et revenir au statu quo rapidement. Ce qui est antifragile, au contraire, profite du chaos engendré par un cygne noir (et de formes moindres de volatilité).

S’épanouir dans le chaos : l’antifragilité

Selon Taleb, on vit dans un monde imprévisible. Nous devrions donc tendre vers l’antifragilité pour y être bien adapté. Comment? 

Il semblerait qu’on ait tendance à faire les choses à l’envers en recherchant les profits rapides. Peu importe la situation, il faudrait plutôt diminuer les inconvénients avant de tenter d’augmenter les bénéfices. Cela signifie qu’on assure notre survie ou de celle de notre projet avant la recherche de profits. Il se positionne d’ailleurs contre la croissance d’une économie fondée sur une grande quantité de dettes qui seront léguées aux générations futures. Il se montre aussi réticent face aux programmes sociaux qui bénéficient aux classes moyennes, prônant plutôt une limitation des programmes aux personnes très vulnérables en laissant les autres se débrouiller.

Sa stratégie bimodale incite à être agressif pour acquérir certains avantages tout en étant complètement paranoïaque quand aux pertes potentielles. Cela semble contradictoire? Taleb nous parle de l’haltère comme modèle à suivre face à l’incertitude. Deux extrêmes, complètement séparées. Avec une partie très sécuritaire d’un côté, on élimine le risque de se ruiner, tout en préservant la possibilité de bénéficier grandement d’un événement rare (avec la petite partie très risquée). Il donne l’exemple de 90% en sécurité et 10% à haut risque. Il ne nous dit pas faire exactement cela, il nous conseille simplement d’éliminer le risque de nous ruiner.

Dans le monde du travail, cette stratégie consiste à avoir une profession sécuritaire, disons comptable, et de se lancer dans quelque chose de plus spéculatif. Puisque cette deuxième voie est risquée, on conserve la possibilité d’exercer à nouveau comme comptable (ou tout premier métier sécuritaire) si le projet vire mal.

L’asymétrie

Pour Taleb, l’asymétrie est au fondement de l’antifragilité. Si vous avez plus à gagner qu’à perdre, la volatilité naturelle des événements vous amènera plus de gains que de pertes. Cela fait aussi en sorte que vous n’avez pas à « gagner » trop souvent, puisque le rendement sera peut-être rare, mais élevé. 

L’asymétrie qui travaille en votre faveur se voit par exemple lors d’une acquisition immobilière à bas coût. Dans le pire des cas, on ne perd pas énormément. En même temps, on risque de gagner gros en rénovant un peu et en vendant lorsque le marché monte et que le quartier se revitalise. On le voit aussi avec les loyers et cela s’applique très bien au Québec (malgré les rénovictions qui semblent prendre de l’ampleur). Les loyers ne peuvent monter démesurément, parce qu’ils sont balisés par le Tribunal administratif du logement. Si le marché pousse pour de fortes augmentations des loyers, votre propriétaire ne peut ajuster le vôtre qu’un petit peu. Par contre, si le marché baisse, vous n’avez qu’à déménager pour profiter des rabais!

Maude Gauthier est journaliste pour Hardbacon. Depuis qu’elle a terminé son Ph.D. en communication à l’Université de Montréal, elle écrit sur la finance, les assurances et les cartes de crédit pour des entreprises comme les Fonds FMOQ et Code F. Utilisatrice responsable de cartes de crédit, elle peut passer des heures à lire les petits caractères pour bien comprendre leurs avantages. À cause de leur simplicité, elle a développé une préférence pour les cartes avec remises en argent. Après avoir subi des hausses salées avec son ancien assureur, elle peut maintenant affirmer fièrement avoir économisé des centaines de dollars en magasinant ses assurances auto et habitation. Dans ses temps libres, elle lit une multitude de romans et profite du streaming de quelques émissions populaires (et possiblement moins populaires, comme les documentaires animaliers).