Si vous faites un sondage auprès des boursicoteurs autour de vous pour savoir s’ils connaissent l’Indice Québec 30, la réponse risque d’être: «L’Indice Québec quoi?» Parce que ce baromètre boursier des plus grandes entreprises québécoises inscrites en bourse n’est malheureusement pas très connu. Il donne pourtant le pouls des fluctuations des actions de 30 des plus importantes sociétés cotées en bourse du Québec.

Les BCE, Air Canada et Alimentation Couche-Tard de ce monde en font partie. Ce n’est pas rien! Ce sont des fleurons du monde des affaires que vous pouvez trouver sur n’importe quel courtage en ligne ou site Internet de finance.

Il se glisse régulièrement parmi les premiers de classe au chapitre des rendements. Au cours des 12 derniers mois, Québec 30 (IQ-30) revendique une croissance respectable de 14 pour cent. À titre comparatif, le TSX de la bourse de Toronto a atteint environ 19 pour cent.

L’IQ-30 a déjà fait beaucoup mieux. Du début de 2020 au premier trimestre de 2021, alors que la pandémie battait son plein. Il a grimpé de 50 %!

Naissance du CASIQ

L’Indice Québec 30 est le fruit d’une alliance  entre le Département de finance de l’Université de Sherbrooke et l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC). La noce a donné naissance en 2001 au Centre d’analyse et de suivi de l’indice Québec (CASIQ), un organisme sans but lucratif qui a pour mission d’assurer le fonctionnement et la mise à jour de la gamme Indice Québec. Elle comprend aussi l’Indice Québec 120, qui montre l’évolution des valeurs sur le marché, en plus de l’Indice Québec 30, qui est en fait son sous-indice.

Pour en faire partie, les postulantes doivent avoir leur siège social au Québec. Il doivent être inscrites au sein de la Commission des valeurs mobilières du Québec (CVMQ) ou répondre aux exigences des lois analogues dans les autres juridictions nord-américaines et avoir leurs titres inscrits à la cote d’une ou de plusieurs bourses nord-américaines. Les compagnies doivent répondre à ces trois critères sous peine d’en être expulsées.

Le club des trente fait l’objet d’un suivi serré. Le CASIQ a recours au service d’un comité conseiller dont le rôle est d’établir et de voir à l’application de la « Politique de maintien et de suivi de l’indice ». Six personnes œuvrant ou ayant œuvré dans le domaine du placement professionnel ainsi que son directeur en font partie. 

Le tout est accompli en respectant des règles d’indépendance et de transparence afin d’assurer une pleine objectivité de la démarche de sélection et de pondération des indices de la gamme. L’acceptation ou l’exclusion des entreprises dans l’indice ne sont pas effectuées en fonction du seul critère de domiciliation des sociétés. Elles dépendent plutôt d’un ensemble d’indicateurs qui définissent la contribution à l’activité économique du Québec : principale place d’affaires, conseil d’administration, dirigeants, employés, centre de production, contrôle du capital, etc.

Pondération de l’indice Québec 30

Le deuxième élément est l’utilisation d’un exposant appliqué à la valeur marchande des actions librement négociables en tout temps, flottant des entreprises, ce qui permet de déterminer l’importance relative de chacun des titres présents dans l’indice. On veut ainsi éviter de voir deux géants respirer tout l’oxygène de l’indice et ne rien laisser pour les poumons des autres. L’imposition d’un plafond artificiel (CAP) aurait pour inconvénient de ne pas permettre de participer pleinement à la hausse des cours tout en laissant participer pleinement aux baisses. La procédure retenue vise expressément à suivre tous les mouvements de prix des titres qui composent l’indice, explique le CASIQ.

La gamme des indices s’est étendue au reste du Canada. Elle regroupe les indices Ontario-40 (IO-40), Indice Atlantique-15 (IA-15), Indice Prairies-10 (IP-10), Indice Alberta-25 (IAb-25) et Indice Colombie britannique-20 (CB-20). Ces indices sont définis selon les mêmes critères et caractéristiques que ceux de la gamme Indice Québec. Ils sont désignés par le nom de la province ou du regroupement de provinces.

La dernière pondération de l’IQ-30 a eu lieu le 8 novembre dernier. Habituellement, il y a révision deux fois l’an, à l’automne et au printemps. Les indices sont révisés entièrement une fois par année, soit après la clôture des marchés le troisième vendredi du mois d’avril.

La Banque Nationale du Canada occupe le haut de ce palmarès de titres à forte capitalisation avec 9,17 % de l’espace. La papetière Cascades a été placée à la 30e position à 0,89 %.  Molson Coors Beverage Company est la seule à évoluer sur le parquet de New York.  Les indices de la gamme Indice Québec et ceux de la gamme Indices Canada sont calibrés de manière à refléter uniquement les activités territoriales de chaque entreprise, indique le CASIQ.

Banque Nationale du Canada (NA.TO)9,17 %
Chemins de Fer Nationaux du Canada (CNR.TO)7,88 %
Banque Royale du Canada (RY.TO)7,27 %
Alimentation Couche-Tard Inc. (ATD.TO)7,18 %
BCE Inc. (BCE.TO)5,86 %
Metro Inc. (MRU.TO) 4,99%4,99 %
Lightspeed Commerce Inc. (LSPD.TO)4,75 %
CGI Inc. (GIBa.TO)4,74 %
Power Corporation du Canada (POW.TO)4,73 %
Dollarama Inc. (DOL.TO)4,36 %
Banque de Montréal (BMO.TO)4,35 %
Quebecor Inc. (QBRb.TO)3,47 %
CAE Inc. (CAE.TO)3,15 %
iA Société financière Inc. (IAG.TO)2,80 %
BRP Inc. (DOO.TO)2,67 %
Groupe WSP Global Inc. (WSP.TO)2,28 %
Air Canada (AC.TO)2,17 %
Saputo Inc. (SAP.TO)2,15 %
TFI International Inc. (TFII.TO)2,14 %
Les Vêtements de Sport Gildan Inc. (GIL.TO)1,69 %
Bombardier Inc. (BBDb.TO)1,68 %
Boralex Inc. (BLX.TO)1,53 %
Innergex Énergie Renouvelable Inc. (INE.TO)1,39 %
Cogeco Communications Inc. (CCA.TO)1,34 %
Quincaillerie Richelieu Ltée (RCH.TO)1,24 %
Transcontinental Inc. (TCLa.TO)1,09 %
Banque Laurentienne du Canada (LB.TO)1,04 %
Molson Coors Beverage Company (TAP.N)1,00 %
Groupe SNC-Lavalin Inc. (SNC.TO)0,99 %
Cascades Inc. (CAS.TO)0,89 %

L’indice Québec 15 

Le mariage entre le Département de finance de l’Université de Sherbrooke et l’IRÉC a aussi donné naissance à un petit frère de l’indice Québec 30. En février 2018, l’indice Québec 15 a vu le jour. Il regroupe des titres à faible volatilité (IQ-15FV), le premier indice boursier québécois de ce type, disait-on à l’époque.

Les 15 titres les plus stables de l’IQ-30 ont été sélectionnés pour créer ce nouvel indice, comme on a fait du côté de Toronto pour les S&P/TSX qui a son Composite Low Volatility Index. Dans sa méthodologie, l’IQ-15FV tient compte de l’aspect régional et d’un calcul de la pondération rigoureux. Tout comme l’IQ-30, pour faire partie de l’IQ-15, les entreprises doivent répondre à plusieurs critères. En plus de l’obligation d’avoir son siège social au Québec, d’être inscrites comme émetteur assujetti auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et d’avoir ses titres inscrits à la cote d’une ou de plusieurs Bourses nord-américaines, les entreprises doivent répondre à un ensemble d’indicateurs qui définissent la contribution d’une entreprise à l’activité économique du Québec, énumère le CASIQ.

Où trouver les titres composant l’indice Québec 30? 

Mais pourquoi un tel arsenal d’indices demeure-t-il aussi peu connu des investisseurs québécois? Il faut se poser la question. D’abord, notons qu’il faut fouiller pour trouver l’IQ-30. Il ne rayonne pas beaucoup. Vous ne verrez pas ses chiffres et symboles défiler sur un écran géant au centre-ville de Montréal comme le fait le NASDAQ dans le quartier de Times Square, à Manhattan.

Il est évidemment accessible via le site du CASIQ. Mais pour le dynamisme, on repassera. L’indice est mis à jour quotidiennement, mais une fois les marchés fermés, à la fin de l’après-midi. Pas très 2022, reconnaissons-le. Il n’est porté par aucun média ou autre site spécialisé qui le mettrait en évidence avec des mises à jour en temps réel. On n’est pas rendu là, même si plusieurs le souhaitent.

La version la plus animée qu’on lui connaît est l’affichage sur un écran installé dans un endroit public de la faculté d’administration sherbrookoise. Les étudiants en finance qui s’intéressent à la bourse peuvent le consulter, mais avec un peu de retard sur les autres plateformes, car l’indice est mis à jour aux 15 minutes. Encore là, ce n’est pas de notre temps, à une époque où l’instantanéité est la norme.

L’IQ-30 aurait avantage à trouver un bon porteur de ballon qui pourrait lui faire passer la ligne des buts et le projetterait encore plus loin. Parce que notre ère est tout indiquée pour ce type d’indice qu’on peut qualifier « de proximité ». À l’heure où l’achat local est sur toutes les lèvres, pourquoi ne pas mettre de l’avant un indice qui fait la promotion des entreprises de chez nous inscrites en bourse? Pourquoi ne pas transposer cet élan vers les actions d’entreprises sises en terres québécoises?

Pour que les boursicoteurs dont le nombre a explosé en cette période de pandémie jettent un œil plus attentif vers les titres québécois. L’achat des produits québécois qu’on pourrait mixer à un élément nationaliste, alors que les liquidités abondent chez plusieurs Québécois souhaitant investir en bourse. Pourquoi ne pas lui donner le surnom de «l’indice bleu» tant qu’à pousser sa promotion et son marketing?

Quand il est question d’achat d’actions en bourse, plusieurs recommandent l’analyse fondamentale. C’est connu, cette approche favorise l’étude en profondeur des sociétés publiques afin de mieux connaître et comprendre leur valeur réelle et à déterminer la pertinence du choix des titres. Ce n’est pas la même chose que l’analyse technique qui vise à prévoir les tendances et est plus spéculative.

Alors quoi de mieux que d’investir dans des entreprises qui ont des succursales au coin des rues des villes? Quand même des membres de notre famille y travaillent? Quand on peut constater la qualité de leurs produits en faisant nos courses?

Pas de FNB non plus!

Autre aspect intrigant : aucun fonds négocié en bourse (FNB) n’est calqué directement sur le Québec 30. Un FNB indiciel lui donnerait une certaine visibilité, non? On pourrait se demander ce qu’attend le Mouvement Desjardins?

Nos recherches nous ont menés au FNB QXM qui reflète la performance des boursières québécoises. Créé en 2012, il calque l’indice Morningstar Québec de la Banque Nationale en suivant 52 sociétés vedettes du Québec inc. Il y a aussi les Obligations boursières d’Épargne Placements Québec, un copier-coller de l’indice IQ-30.Pas très excitant cependant, il faut le dire. Espérons que le monde des finances saura reconnaître un jour la valeur de cet indice de chez nous, entretenu avec une aussi grande rigueur et minutie certaine.

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